Home > Actualités > Ce qu'il se passe vraiment à Notre Dame Des Landes. Témoignage ...
Partager :
NDDL
25.04.2018

Ce qu'il se passe vraiment à Notre Dame Des Landes. Témoignage du passage d'un éleveur en Loire Atlantique

25.04.2018 -

Sous prétexte de démocratie, la force !!! ???

Ce texte raconte ce que j'ai pu voir, entendu et cru comprendre ce jour-là sur la zad. Cà n'est forcément qu'une partie de ce qui s'est passé et çà m'est déjà arrivé de me tromper...

Partis samedi après-midi à 3 après le marché, 5h de route, et arrivés trop tard pour la manif de samedi à Nantes. Le dimanche, après avoir consulter le site de la zad (zad.nadir.org), on est passé par les petites routes avec quelqu'un qui connaissait pour éviter les nombreux barrages de gendarmes. Beaucoup de monde convergeait vers la ferme de Bellevue pour le rassemblement, mais nous avons choisi d'aller direct au carrefour de la Saulce où çà avait déjà chauffé le matin : barricade enfoncé par les gardes mobiles (GM), au blindé, puis les vilains se sont fait repousser et la barricade remontée. Le truc qui frappe sur place c'est le véhicule blindé en face et le déploiement de GM qui veulent empêcher le but de la manif : la reconstruction de ce qui avait été démoli dans la semaine. Cà fait bizarre de se retrouver devant un engin de guerre avec tourelle et canons ! Il paraît que çà coûte à la « collectivité » 400 000 € par jour d'occupation policière !

Face à face qui a duré jusqu'à 16h30, ambiance festive et très tendu en même temps. Impression d'un respect de tout le monde présent de notre côté (avec quelques enfants et pas mal d'anciens) : il aurait pas fallu grand-chose pour que çà dégénère rapidement.

Alors qu'on était parti assister à la construction d' une belle ossature bois traditionnelle dans un champ voisin (une vingtaine de charpentiers !) les gens ont réussi à repousser pacifiquement les GM pour libérer le passage par les champs et accéder aux zones détruites. Le cortège était protégé par ceux qui se sentaient d'aller se confronter physiquement aux « forces de l' ordre » tentant de stopper la foule. Lacrymos et grenades assourdissantes non stop pendant 4h ! Bouchons d'oreille, lunettes hermétiques et masque à gaz indispensables. Avec quelques vaches dans le champ voisin... Chaque grenade assourdissante fait un cratère de 20 cm dans les prés avec de la terre ( et/ou bouse) qui vole à 2m de haut !!! Et çà explose partout, tout le temps !!! Avec plein de gens qui éteignent ou renvoient les lacrymos d'où elles viennent. Les barricades tiennent et les vilains se replient sur la route des chicanes. J'ai pu voir 1 kilomètre de route avec que des fourgons de gendarme cul à cul. Presque 2000 grenades tirées !

Petite impression de victoire et soulagement que çà s'arrête.

L'ossature de la maison est fini et la décision est prise de la déplacer au Gourbi, 1 km à travers champs car les nombreuses barricades bloquent la route. Et plus d'une centaine (deux ?) de personnes porte cette construction (100m² ?) là où les GM avaient amené la destruction ! Cà résume bien mes impressions : côté zad on essaye de dialoguer, construire et cohabiter (bien sûr, çà doit pas marcher tout le temps) alors que l'Etat déboule en cassant tout.

La préfète est championne de langue de bois : elle annonce une éventuelle régularisation des projets agricoles de la zad et démolit la ferme des 100 noms parce qu'en fait elle n'accepte plus que les projets individuels et refusent les installations collectives. C'est vrai que les installations en société (donc collectives) sont inconnues dans le monde agricole et relèvent d'une démarche tellement dangereuse qu'elle justifie les bulldozers !

Elle avait aussi convenu avec une délégation de manifestants qu'il n'y aurait pas d'attaque avant 20h de la part des robocops...

Superbe démonstration de la diversité des tactiques : les non-violents font reculer les GM, les acharnés protègent les non-violents, les constructeurs construisent, les médics soignent les blessés, il y a ceux qui prépare à manger...

Un des arguments des anti-zad, c'est que les terres appartiennent bien à quelqu'un ! D'abord, il y a des gens qui luttent et vivent là-bas depuis plusieurs années sur des terres abandonnées par leurs propriétaires qui ont accepté l'argent de l'expulsion. Ces terres appartiennent maintenant à l'Etat, donc nous. Des alternatives à notre monde industriel, consumériste et individualiste y ont été construites. Cà me rappelle un slogan des luttes paysannes : la terre à ceux qui la travaillent ! Mince, est-ce que les règles du libéralisme sont indépassables ? Est-ce que la propriété doit être sacré ? Le capitalisme est né de l' « enclosure » en Angleterre : privatisation et clôture des terres communales pour développer l'élevage lucratif de mouton et surtout priver une grande partie de la population de ses ressources vivrières et l'obliger ainsi à aller accepter un travail salarié dans les manufactures, ce qui n'allait pas de soi à cette époque (XVIIIe siècle). Quitter son lopin de terre et son autonomie, même miséreuse, pour subir les cadences et les chefs, çà faisait pas rêver... Pourquoi ne pas laisser un peu de place à autre chose que notre monde de petits propriétaires ? Il y a eu l'exemple de la Société Foncière des Terres du Larzac, on pourrait trouver une sortie de crise honorable.

Mais c'est une épreuve de force où l'Etat veut montrer ses muscles. La démocratie n'est pas compatible avec les violences policières. Ne les laissons pas faire !

On serait bien resté plus longtemps là-bas ! Le mieux c'est d'y aller faire un tour, l'hébergement est assuré et il y a vraiment besoin de monde sur place.

 

Loïc Coulbois, éleveur en Lot et Garonne

 

TROUVEZ UNE CONF'
NOUS CONTACTER Confédération Paysanne du Lot et Garonne
BP 208 - 47305 Villeneuve sur Lot - 06 80 28 00 21